Eau, santé et sécurité mondiale

 

[English version: Water, Health and Global Security]

 

Au cours du XXIème siècle un nouveau paradigme de sécurité internationale a été défini. Cette nouvelle approche est fondée sur des aspects sociaux, culturels, économiques et écologiques plutôt que sur des donnes purement militaires. En particulier, la relation entre les ressources naturelles, la paix et la sécurité a également été soulignée par l’OTAN dans le Concept stratégique du 2010 qui a fait des risques environnementaux des facteurs de tension pour la paix et la stabilité des États membres de l’Alliance.

Sans eau, notre vie ne durerait plus de 14 jours. Selon la troisième édition du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, publié en 2009, d’ici au 2030, 47% de la population mondiale connaîtra une pénurie d’eau. Entre 24 et 700 millions de personnes seront « refugiées de l’eau », contraints de quitter les zones arides et semi-arides.

La pandémie de coronavirus nous a rappelé le lien entre l’accès à l’eau et la sécurité et la santé mondiale.

De nombreux experts ont souligné l’impact catastrophique que le manque d’accès à des sources d’eau améliorées[1] pourrait générer en cas d’épidémies et pandémies. En 2008, l’Organisation mondiale de la santé a publié le rapport Safer Water, Better Health en estimant que l’amélioration de l’assainissement et de l’hygiène de l’eau dans le monde pourrait potentiellement prévenir 9,1% des maladies et éviter 6,3% de tous les décès. En 2014, l’épidémie d’Ebola a clairement montré que le manque d’accès à l’eau potable peut contribuer à la propagation du virus.

En 2015, l’Assemblée Générale des Nations Unies a établi, par ailleurs, l’Objectif de développement durable n° 6 qui prévoit la disponibilité et l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH) pour tous.

Cependant, la pandémie a mis en lumière les inégalités qui existent toujours dans notre système mondial. Le lavage des mains est considéré comme un aspect essentiel pour la lutte contre le COVID-19 mais, en réalité, des millions de personnes n’ont pas d’eau ni un endroit où se laver les mains. Seules 3 personnes sur 5 dans le monde disposent d’installations de lavage des mains de base.

Cela doit encourager la communauté internationale à redoubler ses efforts afin d’investir dans l’amélioration des conditions de santé publique dans le monde.

Ensuite, nous pourrions retracer un lien entre les pays qui n’ont pas d’accès à l’eau potable et ceux affectés par des conflits de sécurité.

Selon le report de Water Aid, La fracture hydrique. L’État de l’eau dans le monde 2018, les dix principaux pays ayant le plus faible accès à l’eau sont: l’Érythrée, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’Ouganda, l’Éthiopie, la République Démocratique du Congo, la Somalie, l’Angola, le Tchad, le Niger et le Mozambique. Tous se trouvent dans la seconde moitié de l’indice de paix mondial 2019 avec un niveau de sécurité très faible. La pénurie d’eau est un problème grave et la montée des tensions pourrait générer plus d’instabilité et exacerber les conflits régionaux. Dans des contextes fragiles, en cas d’épidémie ou de pandémie, l’eau pourrait être exploitée comme une véritable arme. Elle pourrait être à l’origine de tensions entre les États et les acteurs non étatiques, ou être utilisé comme un outil politique pour aider les États et les acteurs non étatiques à atteindre un objectif politique.

En 2018, le rapport Une approche innovante de l’évaluation des risques hydro-politiques: un indicateur spatialement explicite et basé sur des données des problèmes hydro-politiques, édité par un groupe de scientifiques du Centre commun de recherche de la Commission européenne, a identifié les points chauds possibles de la concurrence hydrique entre pays, considérant comme facteurs de conflit pour l’eau: la manque l’eau, la densité de la population, les déséquilibres énergétiques et les conditions climatiques.

Les points chauds de l’eau où les interactions hydro-politiques sont les plus susceptibles de se produire sont : le Nil, le Gange-Brahmapoutre, l’Indus, le Tigre-Euphrate et le Colorado, en plus de situations critiques comme celle de : Arabie Saoudite, la région du bassin de l’Amu Darja (Afghanistan, Tadjikistan et Ouzbékistan), Gaza et le Territoires Palestiniens).

La source: Centre commun de recherche de la Commission européenne

La majorité des pays situés alentour de ces points de conflit sont également les moins performants du WaSH Performance Index 2015. Cet Index a comparé les performances des pays en matière d’accès et d’équité à différents degrés de couverture d’eau et d’assainissement. Cette découverte pourrait devenir cruciale pour soutenir le lien entre l’eau, la santé mondiale et la sécurité internationale. Au cours de la prochaine décennie, les pays pourraient engager des conflits entre eux pour protéger leur accès à l’eau, et, entre autres, pour maintenir le consensus social interne.

Jusqu’à présent, les ressources naturelles étaient considérées comme faisant partie surtout des droits de l’homme; pourtant, elles ont pris aussi une valeur politique qui peut affecter la sécurité et la stabilité mondiales.

 

Federica Lollo – Programme Manager at the NATO Defense College Foundation since 2016. she is specialising in Global Health and the impacts on international security. She is also attending the Mentoring Programme of Women In International Security Italy.

 


[1] « Une source d’approvisionnement en eau améliorée, de par la nature de sa construction, protège l’eau de façon satisfaisante de toute contamination extérieure, en particulier des matières fécales », cfr. OMS https://www.who.int/water_sanitation_health/monitoring/jmp2012/key_terms/fr.